Mar
ques éthi
ques

Ou mercatique ?

Si vous étiez à Cannes le mois dernier, vous avez forcément cherché à profiter au maximum de vos quelques centimètres carrés de plage conquis de haute lutte. Et donc vous n’avez pas pu assister à la traditionnelle remise annuelle des Lions. N’ayez crainte, nous non plus. Mais comme Rennes a la fibre (si, si), on s’est jeté a posteriori sur les études de cas vidéos des gagnants. Et ça nous a fait tout chaud au cœur de voir que sur 23 grands prix, le jury a récompensé 13 projets « éthiques ». Et oui, plus de la moitié des grands prix cette année est constituée de projets qui rendent le monde meilleur !

Quand un réseau de boutiques fait grimper le taux de participation aux élections américaines dans les quartiers pauvres. Quand la statue d’une petite fille défie le monde hypermasculin de la finance… Quand Whirlpool fait baisser l’absentéisme des écoliers américains… Quand les fusils sont détruits puis transformés en métal pour l’industrie… Quand une agence de pub crée l’identité d’une nouvelle nation pour les réfugiés du monde entier… On se dit qu’il y a de l’espoir.

Bien sûr, on n’oublie pas qu’il s’agit des Lions et que ce genre de palmarès n’est pas forcément représentatif du marché. On n’oublie pas non plus que tous les contextes ne se prêtent pas à des opérations à caractère éthique aussi ambitieuses. Mais on remarque tout de même que lorsqu’un annonceur cherche à améliorer le monde qui l’entoure, il en récolte les fruits. Et que les retombées presse valent bien, dans ces cas-là, mille campagnes de pub. Qu’on la regarde de Cannes, de Rennes, de New York ou de Sao Polo, la « pub » a fait bien du chemin. To be continued…

Brandless

Brand is dead

« Nous avons été conditionnés à penser qu’en achetant une marque, on achète des produits de meilleure qualité. En fait, c’est rarement le cas. ». C’est avec cette phrase que le distributeur en ligne Brandless débute son manifeste. Pour ce distributeur d’un genre nouveau, les marques imposent une taxe d’au moins 40% qui ne correspond à aucun critère de qualité objectif. Supprimons les marques et on gagnera tous en pouvoir d’achat. Et puis au-delà du prix, c’est bien connu, les marques mettent tout un tas de trucs douteux dans leurs produits dont on se passerait volontiers.

C’est vrai quoi, est-ce qu’on ne serait pas mieux dans un monde sans marques ? Un monde où l’on ne paierait pas les publicitaires à nous raconter de jolies histoires sans substance ? Un monde sans les petites phrases d’Innocent sur le packaging ? Un monde où tout ce qu’on demande à du jus d’orange ou à du muesli, c’est d’être nourrissant, sain et goûteux ? Mais il y a juste un hic dans cette affaire : comment savoir ce qui se cache derrière un produit sans marque ? Comment savoir s’il a été produit de manière responsable ou s’il est vraiment bon pour ma santé ? C’est bien simple, il faut s’en remettre à Brandless qui garantit, via son processus de sélection rigoureux, des produits de qualité, bons pour nous, bons pour la planète, bons pour la société. S’en remettre à la non-marque qui n’est au final qu’une marque de plus qui aimerait bien remplacer toutes les autres.

C’est de l’art

Puisqu'on vous le dit

Après les 4×3, les publicités « cul-de-bus » et les mini-écrans qui vous haranguent chez Décathlon au moment précis où vous passez devant le rayon cannes à pêche, voici les hommes peints. Ca vient du Liberia, où, pour échapper à la délinquance, de jeunes gens acceptent de se peinturlurer de la tête aux gros orteils aux couleurs d’une marque qui les rémunère $10 de la journée. Paraîtrait que c’est bien plus efficace que le traditionnel homme sandwich car ces œuvres d’art ambulantes captivent ceux qui les côtoient et les motivent à se prendre en photo avec eux et à partager ce moment d’éternité sur Instagram. Paraîtrait aussi que ceux que cela choquerait feraient bien de considérer que « ce street marketing trouve son origine dans les traditions religieuses ou communautaires du pays ». Quand on vous dit qu’on n’arrête pas le progrès !

Être hum
ain

C'est Danone à tout le monde

C’était il y a un peu plus d’un an, le DG de Danone prenait la parole devant un parterre d’étudiants d’HEC, tous impatients de recevoir leur diplôme et pendus aux lèvres du grand homme pour savoir ce qu’il pourrait leur prodiguer comme dernier conseil avant qu’ils ne se lancent de toute leur énergie à l’assaut du « monde du travail ». Et là surprise ! Pas de discours lénifiant sur la réussite, l’ambition ou l’empreinte qu’un ancien d’HEC doit laisser sur le monde. Au lieu de cela, un homme qui s’exprime simplement, qui s’ouvre à eux sur un épisode intime de sa vie, qui leur explique que ce qui l’a le plus marqué lors de ses études à HEC, c’est un coup de fil de l’hôpital qu’il aurait souhaité ne jamais recevoir. Et qui, de là, les fait réfléchir sur le sens de la vie. Rien que ça ! Pourquoi est-ce qu’Emmanuel Faber fait mouche là où Mark Zuckerberg nous laisse sceptique dans un exercice similaire auquel il s’est livré tout récemment à Harvard ? Parce que le DG de Danone oublie un instant qu’il est le DG de Danone. Parce qu’il est capable de prendre du recul par rapport au pouvoir dont il est investi, par rapport à l’argent qu’il touche, par rapport à l’importance qu’on lui donne. Parce qu’il accepte de partager quelque chose de vrai et d’intime et par là-même de se montrer vulnérable. Parce qu’il nous rappelle ce qui compte vraiment dans la vie. Ce qui donne du sens à notre existence. Des fondamentaux que nombre d’entreprises et de marques seraient bien inspirées d’incorporer à leurs prises de parole.

Et en meme temps

C'est comme ça qu'on les aime

“On a dit pas de politique !” Oui, et en même temps qu’est-ce qui ne l’est pas ? La dernière opé de MTV Brasil où la marque récupère du plastique dans l’océan, le fond, le remoule en dildo et le présente à ses disciples en disant : “Don’t fuck the ocean. Do it with yourself”, n’est-elle pas, d’une certaine manière, politique ? Alors, si tout est politique, on ne va pas rien dire sous prétexte qu’on a dit pas de politique.

En plus, c’était simplement pour dire qu’en élisant Macron et son “et en même temps” les français ont voté en toute cohérence : on veut de la qualité et en même temps on veut des prix bas ; on veut le temps de faire les choses et en même temps on exige tout, tout de suite ; on veut plus de service et en même temps on n’a aucune reconnaissance ; on s’indigne contre les abattoirs et en même temps on raffole du gigot d’agneau ; on veut une santé de fer et en même temps on veut être livré dans l’heure, sans bouger de son canapé ; on veut de la nature et en même temps on fait la queue chez Burger King ; on veut plus de la solidarité et en même temps on ne veut pas s’engager ; on veut moins de phyto et en même temps on veut des tomates calibrées ; on veut sauver les ours blancs et en même temps c’est bientôt les soldes ; on veut être Brad Pitt et en même temps on est Jean-Baptiste Jamet… Bref les gens sont complexes, et en même temps, c’est pour ça qu’on les aime.

Thoi
ry jaune

Et le rhinocéros blanc

Oh la vache ! Des zozos ont dézingué Vince au zoo. Pas le directeur conseil de l’agence, non, le rhino blanc du parc zoologique de Thoiry. Hormis la perte toujours tragique d’un être “cher”, je remarque surtout le retour des braconniers en France ; espèce que je pensais éteinte depuis fort longtemps de Nice à Fort La Latte. En même temps, à 60 K€ du kilo, le rhino rend risible le lingot. Au prix de la corne, chérie, fais-moi cocu.

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